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Portrait Féminin #2 - Marie Elvina Crevoisier


Publiée le par Tom Sauty

Portrait Féminin #2 - Marie Elvina Crevoisier

La confiance se construit… et se transmet.

Marie Elvina Crevoisier a ce profil qu’on reconnaît tout de suite dans nos structures : une dirigeante de terrain, engagée, lucide, et profondément attachée à l’humain. Elle pratique le tir à l’arc depuis longtemps, avec des pauses, des reprises, des virages… mais toujours avec le même fil conducteur : faire vivre un collectif et transmettre.


Un retour au tir à l’arc guidé par le partage

Son histoire démarre jeune, en Île-de-France, à la fin des années 1980. Puis, comme beaucoup, la vie prend le dessus : les études, une première tentative de reprise qui ne “matche” pas, et une longue parenthèse d’environ vingt ans.

Le retour se fait en 2009, grâce à une étincelle très simple et très forte : son fils aîné, Félicien, qui veut essayer le tir à l’arc. Elle reprend d’abord pour partager avec lui… et le tir à l’arc reprend vite toute sa place.

Ce qui l’attire ? La précision, et un sport qui se vit dehors autant que dedans, loin des environnements “enfermants”. Chez Marie Elvina, on sent un besoin de nature, d’air, de liberté — tout ce que le parcours incarne. La salle, elle la pratique peu : l’arc “ressort du garage” surtout quand la saison l’impose.


Capitaine des Archers de Lacuzon : tradition et vie associative

Depuis, son engagement n’a cessé de grandir. Elle est entraîneure depuis 2017 (E1 – ancienne version), membre du bureau depuis 6 ans, et surtout capitaine des Archers de Lacuzon depuis 5 ans — un terme auquel elle tient, parce qu’il dit quelque chose de l’identité de sa structure.

Car Lacuzon n’est pas “juste” un club : c’est une compagnie, affiliée FFTA comme toutes les associations loi 1901, mais avec ses codes, ses intitulés et ses traditions.

Tout cela sans être figé. Marie Elvina le dit très clairement : l’objectif n’est pas d’être “bloqué” par les traditions, mais de les faire vivre sans opposer compagnie et club. 


Reprendre, structurer, transmettre

Ce qui frappe, c’est la solidité du collectif qu’elle contribue à animer. À Lacuzon, le bureau est particulièrement étoffé — une douzaine de personnes — et la recherche de bénévoles n’est pas un combat permanent. Mieux : elle explique qu’aujourd’hui, on réfléchit plutôt à qui on met au bureau, preuve d’une vraie dynamique.

Cette force collective, elle ne la doit pas au hasard. Elle vient aussi d’un choc : le décès brutal de Christian Quattrochi, qui portait énormément de choses. Le “bébé” de Christian, comme elle le dit, a dû être repris presque du jour au lendemain, sans transmission formalisée.

Gestion, comptabilité, organisation… tout était à reconstruire.

Et là, Marie Elvina pose une ligne très nette : elle n’acceptait de prendre la tête que si c’était à plusieurs, avec un engagement collectif réel sur au moins deux ans. Cette décision résume sa vision du bénévolat : éviter la dépendance à une seule personne, structurer, répartir, préparer la relève.

D’ailleurs, elle ne se projette pas à rester capitaine “dix ans” : elle pense déjà à transmettre le relais.


Une posture solide, construite aussi par son parcours professionnel

Son parcours professionnel explique aussi cette posture. Marie Elvina est vétérinaire et a dirigé sa propre structure pendant vingt ans. Elle a donc l’habitude de gérer, d’organiser, de décider.

Elle évoque même une expérience marquante : avoir dû “faire sa place” dans un milieu rural, à une époque où les femmes vétérinaires y étaient rares. Résultat : elle doute peu de sa légitimité comme dirigeante.

Ses doutes, quand il y en a, se placent plutôt côté sportif : le niveau de l’archère, et la réponse est simple — s’entraîner davantage.

Dans sa manière de décider, on retrouve ce mélange de collectif et d’assumé : d’abord la discussion avec le groupe, et si besoin, la capacité à trancher.


Des fiertés sportives, mais surtout collectives

Côté souvenirs et fiertés, son portrait est équilibré entre performance et organisation.

Sportivement, elle a connu la satisfaction d’une qualification à des championnats de France, et surtout une belle expérience en 3D à Marchaux, avec une place dans le top 10 qu’elle retient comme un vrai accomplissement.

Mais sa fierté la plus profonde n’est pas qu’un résultat : c’est l’idée que cinq ans après le “redémarrage”, la compagnie est toujours là, le noyau dur aussi, et le groupe continue de faire vivre la structure malgré une baisse d’effectif.

Elle cite aussi la réussite d’un premier concours campagne après la reprise — ce moment où l’on a l’impression d’avoir une montagne devant soi, et où l’on termine le week-end avec des retours positifs et le sentiment du travail bien fait.


Humain, amitié, respect, partage, transmission

Dans son discours, les valeurs reviennent comme une évidence : humain, amitié, respect, partage, transmission.

Elle insiste sur ce qui fait le sel de notre sport : une pratique intergénérationnelle et inclusive, où débutants et très bons archers partagent le même pas de tir, où les jeunes côtoient les vétérans, où parents et enfants vivent la même aventure.

Elle raconte d’ailleurs un exemple parlant : Félicien, accompagné sur ses premiers parcours par Serge, champion du monde — ces moments qui mettent des étoiles dans les yeux, et qui changent parfois une trajectoire.


Le Club des 300 : progresser pour mieux s’engager

Marie Elvina est aussi dans une logique de progression personnelle et de structuration. Cette année, elle est lauréate du Club des 300, avec une motivation très claire : acquérir des “billes” pour mieux comprendre les structures, progresser en communication et en gestion, développer son réseau.

Elle décrit une formation de grande qualité, parfois dense, qui demande du temps pour digérer. Elle regrette seulement un manque de présentiel — signe que pour elle, le lien humain compte autant que les contenus.

Et surtout, elle fait un lien direct : le Club des 300 a contribué à l’amener à accepter une nouvelle casquette, celle de vice-présidente du Comité Départemental du Jura, prise récemment suite à la dernière Assemblée Générale.


Féminisation : accompagner plutôt que cloisonner

Sur la féminisation, Marie Elvina apporte une voix originale et assumée.

Elle se montre très critique vis-à-vis des dispositifs “100 % féminins” — formations ou concours — qu’elle juge potentiellement contre-productifs car ils peuvent créer un nouveau cloisonnement.

Elle plaide pour la mixité, cite le double mixte comme un format qu’elle apprécie, et reconnaît en même temps le besoin d’aider les femmes à gagner en confiance… mais plutôt par l’accompagnement que par l’exclusivité.

Ses pistes sont concrètes : parrainage, mentorat, venir en duo ou avec une personne de confiance pour ne pas entrer seule dans un groupe inconnu.

Elle fait un parallèle très pertinent avec son métier : chez les jeunes vétérinaires, le tutorat fonctionne parce qu’il repose sur une relation de confiance et une présence disponible.

Pour elle, la clé n’est donc pas de séparer, mais de sécuriser l’entrée et de soutenir l’engagement dans la durée.


Impression générale

Marie Elvina, c’est une dirigeante qui fait avancer une structure en protégeant l’essentiel : le collectif.

Elle respecte les traditions sans s’y enfermer, elle structure sans rigidifier, elle décide sans écraser.

Avec un regard franc, parfois à contre-courant, mais toujours constructif : celui d’une femme qui a vécu la reprise “dans le dur”, qui sait ce que coûte l’engagement… et qui continue, parce qu’elle croit au fait de faire grandir les autres.

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